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"Tout
le peuple gaulois est très
religieux... Le dieu qu'ils
honorent le plus est Mercure
: ses statues sont les plus
nombreuses, ils le considèrent
comme l'inventeur de tous
les arts, il est pour eux
le dieu qui indique la route
à suivre, qui guide le voyageur,
il est celui qui est le plus
capable à faire gagner de
l'argent et de protéger le
commerce. Après lui ils adorent
Apollon, Mars, Jupiter et
Minerve. Ils se font à peu
près la même idée que les
autres peuples : Apollon guérit
les maladies, Minerve enseigne
les principes des travaux
manuels, Jupiter est le maître
des dieux, Mars préside aux
guerres.
Quand
ils ont résolu de livrer bataille,
ils promettent généralement
à ce dieu le butin qu'ils
feront; vainqueurs, ils lui
offrent en sacrifice le butin
vivant et entassent le reste
en un seul endroit."
Emanation
du syncrétisme opéré entre
le panthéon gréco-romain et
les divinités indigènes, les
dieux gallo-romains attestés
à Argentomagus sont au nombre
de sept : Mercure, Minerve,
Apollon, Mars, Jupiter, Hercule,
et Vénus.
Mercure
"Le
dieu qu'ils honorent le plus
est Mercure : ses statues
sont les plus nombreuses".
Ce propos de César est largement
confirmé ici.
Les
archéologues ont, en effet,
retrouvé huit figurations
certaines de ce dieu auxquelles
il faut ajouter trois inscriptions.
A deux reprises, il est qualifié
de felix (heureux), épithète
qui lui est assez rarement
appliqué. Il est parfois représenté
à la manière classique : c'est
un homme jeune, nu, qui tient
d'une main le caducée -baguette
munie de deux ailes, autour
de laquelle s'enroulent deux
serpents- et de l'autre une
bourse. Il est coiffé d'un
bonnet à ailerons, le pétase,
chapeau des voyageurs. Les
animaux qui l'accompagnent
sont le coq, le bélier, la
tortue et le bouc.
La
fouille de l'aire cultuelle
a livré un petit bouc en bronze
ainsi que deux fibules dont
l'arc affecte la forme d'une
tortue. Deux représentations
le montrent assis sur un rocher,
une position fréquemment attestée
en Gaule.
L'une
d'elles, une statuette en
bronze, est considérée comme
l'une des plus remarquables
figurations de Mercure découverte
en Gaule romaine. Un certain
nombre d'indices laissent
à penser que c'est à lui qu'était
consacré le sanctuaire d'Argentomagus
ou, tout au moins, l'un de
ses temples.
Ici
comme dans toute la Gaule,
Mercure a manifestement emprunté
la personnalité de divinités
topiques et on lui a probablement
prêté des attributions dont
il était dépourvu dans le
panthéon gréco-romain.
Minerve
En
1833, près du théâtre du Virou,
un vigneron exhuma les restes
d'une statue de Pallas, autrement
dit de Minerve. Haute de deux
mètres, casquée, drapée et
cuirassée, la déesse avait
fière allure selon les rares
témoins qui purent l'admirer
avant qu'elle ne fût brisée
par son inventeur...
La
déesse est également représentée
par une inscription lacunaire
retrouvée en 1970 dans le
bassin de la fontaine monumentale
mais aujourd'hui perdue :
"NVMI (NIBVS) AVG (VSTORUM)
ET MINERVAE..." (Aux génies
des Augustes et à Minerve...).
Dans
le même secteur de la fontaine,
une fosse antérieure à l'aménagement
de celle-ci a fourni un médaillon
de lampe à huile représentant
Minerve armée de sa lance
et de son bouclier. De la
nécropole du Champ de l'Image
proviennent également plusieurs
fragments de figurine en terre
blanche la représentant.
Enfin,
dans l'aire cultuelle, une
fosse creusée à l'intérieur
de la cella du petit temple
III contenait les fragments
de deux statues. L'une est
un buste féminin grandeur
nature, revêtu d'une tunique
plissée.
Deux
lanières cloutées encadrent
la poitrine et confèrent un
aspect guerrier à cette déesse
qui pourrait être Minerve.
Apollon
De
cette divinité dont la fonction
majeure, selon César, résidait
dans la guérison des malades,
nous possédons deux représentations.
La première, en haut relief,
très fragmentée, montre le
dieu nu dans l'attitude du
repos. Fortement déhanché,
sa pose rappelle celle de
deux sculptures de Trèves,
l'Apollon de Hochscheid et
celui d'une niche de l'Altbachtal.
La seconde offre une apparence
tout aussi classique : le
dieu drapé porte une tunique
courte et joue de la lyre.
Mars
Cette
divinité figure sur un petit
fragment de haut relief. Une
bandoulière portée sur sa
hanche droite laisse à penser
qu'il s'agit soit du dieu
de la guerre, protecteur des
tribus, soit d'Apollon archer.
Une tête colossale attribuée
traditionnellement à Apollon
représente manifestement
une divinité, peut-être Mars.
Cette tête, par sa facture,
s'inscrit pleinement dans
la tradition gauloise.
Elle
est frappante par les survivances
des traditions celtiques
: le front bas, les arcades
sourcilières très fortement
accentuées et surtout le
travail de la chevelure aux
mèches
en spirales.
Jupiter
Un
petit bronze le présente nu,
debout, pourvu d'une longue
chevelure et d'une barbe épaisse,
la tête ceinte d'une couronne
de chêne. De sa main droite
brisée, il devait brandir
le foudre. Egalement en bronze,
un petit aigle d'excellente
facture -retrouvé dans la
cour des temples avec le petit
bouc et Mercure- évoque, lui
aussi, le maître du ciel.
Beaucoup plus importante par
la taille, puisqu'elle est
grandeur nature, une statue
en grès se rattache à la série
des Jupiter à l'anguipède,
c'est-à-dire au monstre à
jambes de serpent et au visage
démesuré et douloureux.
Mais
à la différence du Jupiter
montant un cheval cabré qui
piétine le monstre, on le
voit ici debout, nu, posant
sa main gauche sur une petite
tête humaine, celle de l'anguipède.
Hercule
Si
cette divinité gréco-romaine
a connu un remarquable succès
en Gaule, Argentomagus n'en
a livré qu'un petit bronze
de facture étrusco-italique.
Hercule
est figuré debout, nu, dans
une attitude de combat, son
bras droit levé brandit une
massue. Son bras gauche tient
la dépouille du lion de Némée
réduite ici à sa plus simple
expression.
Vénus
Innombrables
sont les fragments de figurines
en terre blanche la représentant.
Une telle profusion atteste
la popularité de cette déesse.
Sa présence dans l'oratoire
privé d'Argentomagus témoigne
de son caractère domestique
et de sa probable assimilation
aux déesses-mères gauloises.
L'antique déesse de la volupté,
a été dépouillée de son aspect
érotique pour n'être plus
que la personnification des
forces créatrices de la nature.
Sur
ces statuettes bon marché
dont Vénus constitue un sujet
de prédilection. Elle apparaît
à Argentomagus sous une étonnante
diversité. On la trouve nue,
sortant du bassin, la main
droite dans les cheveux, la
gauche tenant une draperie.
Plus rarement, elle presse
un de ses seins ou est accompagnée
d'une chouette, d'un aigle
et d'un dauphin.
On
la trouve aussi debout dans
un édicule ou bien au milieu
d'un groupe d'enfant où elle
se confond manifestement avec
les déesses-mères gauloises.
Si ces figurines en argile
sont banales sur le site,
une seule statuette en pierre,
incomplète, pourrait lui être
attribuée.
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Argentomagus, du site
gaulois à la ville gallo-romaine,
G. Coulon et Coll. © Editions
Errance
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